1. Slowdown
2. Mexico
3. Catch Me Speak
4. Whenever
5. Keep Me High
6. Free
7. Trouble
8. When The Sun Goes Down

Sortie le vendredi 2 septembre 2022

Quatrième album pour Dead Rabbits et toujours un vrai attachement : ça s’appelle A Different Place, ça touche autant au garage psyché qu’à la pop et ça s’insinue sans crier gare.

De prime abord, comme ça, on se dit quA Different Place, nouvel album des Dead Rabbits, ne casse pas trois pattes à un canard. Rien de fondamentalement original, la même formule que le précédent (Everything Is A Lie en 2016) et ceux d’encore avant - un psycho-garage aux senteurs shoegaze et accents bien pop déjà entendu ailleurs et à maintes reprises - et qu’il va fatalement bien vite réintégrer les étagères où l’on n’oubliera pas de l’oublier.
De prime abord, on fait donc fausse route parce que je ne sais trop comment, s’il réintègre bien les étagères, il les quitte aussi souvent pour venir hanter la platine. Il y a un-je-sais-quoi là-dedans qui pousse à réitérer l’écoute, un côté vraiment très bien foutu où les mélodies ne faiblissent pas devant les échardes soniques qui elles-mêmes restent toujours acérées.
C’est crade mais pas trop mais c’est crade quand même. C’est accueillant mais pas non plus totalement accorte. C’est un chouette entre-deux où plein de choses se passent alors qu’en détaillant les morceaux, ils frappent finalement par leur belle simplicité et, rien à faire, on passe toujours un très bon moment avec A Different Place. La faute sans doute au côté exténué qui bataille sans cesse avec des arrangements véloces, à la noirceur non feinte qui se cache au coeur de chaque morceau, au mur du son sculpté avec délicatesse qui laisse le spleen s’exprimer. Pour le coup, ne surtout pas se fier aux couleurs vives de la pochette, au rouge du vinyle et ne pas y voir autre chose qu’un smog sanglant cernant un soleil moribond : Dead Rabbits ne rigole toujours pas et comme il ne l’a jamais fait sur les trois précédents, c’est bien un trait prototypique. Alors c’est vrai, rien de drastiquement nouveau mais comme on est bien accroché à cette doxa claire-obscure et douce-amère, on s’en fout complètement et on s’y enfonce sans sourciller.


D’autant plus que ça commence d’emblée plutôt fort - même si je ne l’avais pas vu venir en première écoute - avec Slowdown et surtout Mexico : carillon tintinnabulant, échos chargés, petites notes de synthé virevoltantes, voix scandée et mid-tempo hésitant entre volupté et arrachage. La fuzz calcinée le dispute aux arpèges fortement réverbérés sans noyer le côté pop qui maintient les mélodies sur le devant mais le mur de guitares ne s’éloigne jamais trop longtemps et les nappes tournoient vers le bas. Une chouette entame et un vrai petit tube pour Mexico. Le reste alterne entre ballades exténuées (Catch Me Speak, Trouble), morceaux plus alertes (Free), mille-feuilles psyché (Whenever, Keep Me High) et amalgame tout ça sur le charmant When The Sun Goes Down qui achève le tout.
Et voilà, comme d’habitude depuis au moins celui d’avant, la fin arrive bien trop vite et difficile de résister à l’envie de relancer A Different Place à peine achevé : son évidence, son côté tout aussi flou que carré et son inquiétude atavique ont tôt fait d’attraper les synapses. Son psychédélisme fait naitre une petite transe où les morceaux se succèdent tranquillement, dévoilant à chaque fois une nouvelle facette, à tel point que l’on se demande finalement assez vite pourquoi la première écoute a pu être moribonde : on connait Dead Rabbits, on sait à quoi s’attendre mais tout sonne comme si on en l’avait jamais entendu avant et A Different Place s’insinue sans faire de bruit peut-être mais incontestablement.
Un disque très attachant.


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