le samedi 13 décembre 2025

Un samedi soir à Rennes. La venue de Dominique A a attiré les Bretons en nombre si bien que, plusieurs semaines avant l’événement, tous les billets étaient déjà vendus. A l’ouverture des portes, la queue s’étire jusqu’au bout de la rue. Dire que le natif de Provins était attendu constituerait un euphémisme.

Mais avant que l’auteur de La Fossette n’entre en scène, c’est le trio Meimuna qui occupe cette dernière. À la tête du combo, la chanteuse et guitariste Cyrielle Formaz occupe l’espace autant qu’elle ensorcelle l’auditoire. En assistant à la performance d’une première partie, il est rare d’être à ce point convaincu que l’on en entendra de nouveau parler dans les prochaines années.

Assistée de ses deux musiciens, la Suissesse déploie un univers riche en variations, qui n’est toutefois pas sans rappeler les instrumentations de Sufjan Stevens pour cet amour des arpèges léchés, et une voix qui n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle joue sur les variations de sa voix comme sur le merveilleux Skagen joliment introduit par l’artiste comme un hommage aux choses qui se rencontrent sans se mélanger, à l’instar de la mer du Nord et la Baltique dans cette ville danoise, ou Eve V. dédiée aux fragilités d’Eve Vallois (que vous connaissez forcément, mais sans doute sous un autre nom).


A peine remis de cette jolie découverte, et après un court interlude, les émotions reprennent de plus belle avec l’entrée de Dominique A au centre d’une scène qu’il partage avec Julien Noël au piano et Sébastien Boisseau à la contrebasse. Il ouvre le bal avec Ce Geste Absent, extrait de l’album Vers Les Lueurs puis commence à échanger avec l’assistance. Dominique Ané présente ce concert comme la 51ème date d’une tournée commencée en mars, qui les aura principalement vus écumer les théâtres. Aussi, la présence de public dans la fosse (et notamment leur capacité à offrir une standing ovation) sera l’un des running gags de la soirée.

L’autre résidera dans la répartie d’un Dominique A très à l’aise pour reposer le cadre sans toutefois casser l’ambiance face à un quidam probablement houblonné qui se permettra, par exemple, de hurler « c’est nul » à l’annonce du titre Marina Tsvétaeva en hommage à la poétesse russe. « Tu as tous les droits, mais ce n’est pas très incitatif, alors nous allons étendre cette version » répond du tac au tac l’artiste.


On ignore si ces lourdeurs marqueront son esprit autant que sa première date dans l’ancienne salle de l’Antipode en 1995, mais Dominique A ne manquera pas de relayer cette anecdote selon laquelle son groupe et lui jouaient à l’époque « comme des patates » et s’étaient heurtés à des mixeurs dont ils entendaient en retour les critiques sur leur jeu approximatif. « Heureusement, ça a changé depuis » sourit l’auteur du disque Remué dont il ne jouera d’ailleurs aucun extrait ce soir.

Évidemment, sans batteur et dans cette tournée pensée pour les théâtres, l’énergie rock n’apparaît que ponctuellement, et principalement en fin de set lorsque les classiques Le Courage des Oiseaux, Hasta Que El Cuerpo Aguante ou Le Twenty Two Bar sont offerts à la foule, mais les envolées et la grâce de titres comme Valparaiso, Immortels, Dernier Appel de la Forêt, Le Métier de Faussaire, Tout Sera Comme Avant ou Au Revoir Mon Amour auront au plus haut point comblé l’assistance.


Après un long rappel, le trio clôturera sa prestation avec un Eléor qui se bonifie au fil des années. La prestation généreuse aura duré 2h15 et celui qui, comme il l’indiquera, aime qu’on le regarde danser mais ne fait pas de musique pour faire danser les autres, aura offert un magnifique recueil de ses (presque) 35 ans de carrière.

Crédit photos : © Magali Ruelland



( Elnorton )



On recommande également :

Beautiful Gas Mask In A Phone