1. The Intruder
2. Something Happened
3. So It Goes
4. Trasimeno
5. The Whole
6. Wake Mania Without End II
7. Habenero
8. Habenero (version)
Sortie le lundi 13 mai 2013
Lorsque s’ouvre The Intruder sur un drone vaporeux et ces fragiles cascades d’arpèges de piano voilés de poussière et d’échos du passé, on ne s’attend pas franchement à être surpris par la quatrième livraison de Greg Haines. Puis les synthés décollent et hurlent tels des sirènes dans la nuit d’une mégapole du futur qui prend vie, et rien ne sera plus jamais pareil.
L’Anglais a travaillé un an sur ce disque, jeté à la corbeille des sessions orchestrales entières et autres salves d’arrangements de son compère Peter Broderick, pour finalement revoir du tout au tout son approche de la musique à la lumière (indubitablement claire-obscure) d’influences qui se faisaient jusque là discrètes voire absentes de son classical ambient lyrique et ambitieux. Des polyrythmies africaines (Habenero) aux basses hypnotiques du dub (Something Happened et son final tribal proche d’un Vieo Abiungo) en passant par les pulsations et distorsions analogiques de la kosmische musik (So It Goes) et même un peu d’ambient-techno (The Whole), autant d’éléments qui donnent désormais la cadence à ses lignes mélodiques plus impressionnistes que jamais, mécanique vintage implacable et néanmoins enveloppante contrastant avec l’impro acoustique éthérée des instruments plus traditionnels avec pour liant les percussions du Hollandais Sytze Pruiksma, compère au sein du Alvaret Ensemble.
Passé The Intruder, donc, que préfigurait déjà à sa manière plus émotive le parfait Azure sur l’opus précédent, seules subsistent de Digressions la dramaturgie drone et cette densité brumeuse qui termine ici de balayer le dépouillement poignant des premiers albums de l’Anglais dans le foisonnement abstrait de ses vapeurs de rêve, parfaitement captées dans le flou capiteux de leurs volutes psyché par le mastering de Nils Frahm que l’on avait lui-même pu voir tenté par les même effluves rétro-futuristes dans une veine plus minimaliste le temps de l’EP Juno.
Avec son univers mélancolique et solitaire, à fois volatile et démesuré comme le fantasme aux contours indistincts d’un futur qui ne viendra jamais, profondément singulier tout en s’inscrivant à la perfection dans l’esthétique denovalesque des Terminal Sound System, Witxes ou Bersarin Quartett, Where We Were s’impose ainsi sans plus attendre comme un chef-d’oeuvre d’introspection et de foi en la création, la bande originale des rêveries troublées d’un enfant des 80s tentant d’offrir du romantisme à la grisaille des cités de béton, son Berlin d’adoption aidant. Fabuleux.