Comme souvent avec mes classements annuels pour IRM, le format s’est imposé de lui-même : 150 albums car me limiter davantage devenait trop frustrant, et sans classification au regard des difficultés ressenties l’année précédente à devoir ranger dans des cases, toutes approximatives et malléables qu’elles puissent être, des sorties souvent inclassables. Je suis donc allé au plus simple : mes albums préférés de 2025, avec pour seule règle de n’en mentionner qu’un par artiste, à moins qu’il ne s’agisse de différents projets ou collaborations... et l’espoir cette fois encore de voir quelques-uns de ces coups de coeur frapper avec la même intensité l’un ou l’autre de nos lecteurs.
On arrive au terme de ce bilan ou pas loin - outre les EPs, concerts et autres listes parallèles, un addendum de 10 albums permettra simplement d’intégrer au classement quelques découvertes et rattrapages de dernière minute -, merci aux curieux qui m’ont suivi jusqu’au bout dans cette rétrospective aventureuse, et belles découvertes à eux puisqu’il reste encore dans cette "ultime" tranche quelques disques ayant échappé à nos chroniques du courant de l’année.
15. Colossloth - The Harmony Knife
"Difficile de passer après le colosse harsh et dystopique que fut Promethean Meat en 2022 (cf. #2 ici), et pourtant, toujours chez Cold Spring, le Britannique Wooly Woolaston ne démérite en rien ici, laissant rapidement derrière lui toute possibilité de redite en choisissant d’ancrer The Harmony Knife dans un terrorisme sonore beaucoup plus connoté 80/90s, que ce soit du côté des effets sur les samples vocaux (Transfiguration Manifesto), des beats minimalistes aux relents industriels (In Decay You’ll Find My Name) ou même des synthés au futurisme nettement plus rétro et appuyé (The Harmony Knife). Alternant EBM cauchemardesque et sursaturée, et break acoustique au romantisme gothique, Silhouette In Kerosene entérine ce choix esthétique, de même que l’épileptique et fantomatique Interventionists, final power electronics évoquant les grandes heures de ce sous-genre rejeton de la noise et des musiques électroniques désormais tombé en désuétude hormis dans l’underground le plus fétichiste, adepte du format K7. Pour autant, ce 5e opus aussi radical qu’immersif, inspiré par les écrits du terroriste Unabomber et en particulier sa vision d’une société rendue insatisfaite et inapte à l’accomplissement personnel, ne sonne jamais daté, les qualités organiques et mutantes de Colossloth lui permettant de s’approprier ces codes sans se vautrer dans l’hommage désincarné, jusqu’à les fondre dans un irrésistible magma d’échardes rouillées et de metal en fusion."
< avis initialement publié ici >
14. µ-Ziq - 1979
"Après ses ludiques, foutraques et néanmoins très réussis Grush et Extra Grush, le fondateur de Planet Mu Mike Paradinas revient aux choses sérieuses avec la suite directe du superbe et très personnel 1977 de son alias µ-Ziq. 1979 convoque les mêmes fantômes d’une electronica atmosphérique aux mélodies d’outre-rêve, du Boards of Canada du tournant des 00s aux Kelpe ambient, de Klaus Schulze à Christ. ou Ochre, des premiers Tangerine Dream au Plaid des soundtracks, mais n’en ressemble pas moins qu’à lui. Encore plus ample et contrasté que son prédécesseur, l’album est en effet capable de passer de méditations claires-obscures auréolées de chœurs éthérés (Majadahonda at Dawn, Tente) ou de textures oniriques sous l’égide d’un Badalamenti (Galletas, Majadahonda at Dusk) à de beaux restes d’electronica acide et rétrofuturiste (Floatation), de soundscapes de science-fiction dignes du "Blade Runner" de Vangelis (Pulsar) à des élans techno aériens très 90s (Houzz 14) ou berlinois 00s (Holmbush), d’une ambient grave et majestueuse dénuée de toute rythmique (The Next Room) ou émaillée de pulsations abstraites (Yemas) à des comptines instrumentales beaucoup plus légères et cristallines (Radox, Escorial). Un coup de maître particulièrement enivrant et parfois troublant comme ces songes qui nous hantent sans que l’on ne parvienne à s’en souvenir tout à fait, dont la cohérence tient à ses sonorités de synthés analogiques sans âge et à une sensibilité qui transcende les humeurs et les dynamiques."
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13. Macie Stewart - When the Distance is Blue
"Moitié de Finom en compagnie de Sima Cunningham avec laquelle elle explore un indie rock plus ou moins rugueux aux expérimentations décomplexées, Macie Stewart est également arrangeuse dans divers cercles de Chicago ou dans l’orbite du label International Anthem, du jazz de Makaya McCraven ou Alabaster DePlume au contemporary r’n’b de SZA en passant par la folk et autres musiques à guitares (on l’a notamment croisée chez Wilco). Enregistré avec un quatuor à cordes dont elle tient le violon, au côté notamment de la violoncelliste Lia Khol, When the Distance is Blue n’a qu’une lointaine filiation avec le jazz moderne dont nous abreuve régulièrement International Anthem, qu’elle a rejoint pour l’occasion. Coupant également les ponts avec la pop/folk capiteuse de son prédécesseur Mouth Full of Glass (2021), le disque fait en effet la part belle à un piano post-classique pratiqué tout comme le violon depuis l’enfance, au-dessus duquel planent les vocalises intrigantes de la musicienne (Stairwell) et les arrangements de cordes élégiaques voire parfois cinématographiques du petit ensemble (Disintegration évoque à ce titre le spleen affligé d’un Ryuichi Sakamoto autant que les dissonances dronesques d’Hildur Guðnadóttir). C’est à la fois solennel et délicat (I Forget How To Remember My Dreams), minimaliste et entêtant (Murmuration/Memorization), parfois joliment aventureux en termes de composition contemporaine sans être le moins du monde prétentieux pour autant."
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12. Aho Ssan & Resina - Ego Death
La collaboration implosive et dissonante du Parisien Aho Ssan avec la violoncelliste polonaise Resina (et clipping. au micro) constituait l’un des très grands moments de l’impressionnant Rhizomes en 2023, autant dire que l’on fut ravi de voir la paire remettre le couvert sur un album entier, sans rap cette fois mais avec une suite instrumentale d’une grosse cinquantaine de minutes à la croisée d’un drone digital foisonnant (Egress I. Pt.1, Egress VIII), d’une électro-indus menaçante (Egress I. Pt.2) et d’un modern classical élégiaque (Egress II, Egress IV). Tous deux expérimentateurs sonores aguerris, Karolina Rec et Niamké Désiré conjuguent leur talent pour un sound design abrasif aux contrastes puissants et à le tension insoutenable (Egress III), inventant sur Ego Death une nouvelle forme de musique sacrée du côté obscur (Egress V) qui doit autant à Tim Hecker qu’à la musique classique contemporaine (Egress VI), infusée de beats inattendus comme sur cet Egress VII aux faux-airs de trap/dubstep texturé, où l’atmosphère et le grain, comme chez Thavius Beck ou Burial, prendraient le dessus sur la dynamique jusqu’à la phagocyter pour de bon... le fascinant avant-goût d’un futur du drone/ambient encore en gestation !

11. Painkiller - The Great God Pan / The Equinox
"On vous a gardé le milieu pour la fin puisque les deux autres volets de cette trilogie ésotérique du grand retour de Painkiller ont déjà été commentés dans nos pages, ici pour le névrotique Samsara marqué par une dynamique post-industrielle fortement influencée par l’IDM, là pour le très ambient et accaparant The Great God Pan, aux allures de bande originale hallucinée pour quelque interzone tour à tour méditative et anxieuse. Si The Equinox marche clairement dans les pas du premier tant au niveau du format (6 titres de 6-7 minutes en moyenne) que des fulgurances saxophoniques schizophrènes de John Zorn ou de la rythmique de Mick Harris aka Scorn dont les rouleaux-compresseurs hypnotiques des beats demeurent au centre des débats (The Wizard Way, Panormita), cet opus intermédiaire n’en est pas moins une franche réussite et permet au trio de renouer avec les influences dub de leurs sorties du début des 90s, en particulier sur un Forks in the Road aux syncopations reptiliennes ou plus encore l’inquiétant et bien-nommé The Soul-Hunter, tout en s’aventurant du côté de la drum’n’bass pur jus (Ave Adonai, idéal pour rendre justice au jeu de basse de Bill Laswell, ou plus loin Blind Prophet) et en ménageant régulièrement des respirations annonçant le climax atmosphérique du 3e et dernier volet. Une renaissance à laquelle personne ne s’attendait !"
< avis initialement publié ici >
10. Dangerous Creatures - DEAD EARTH 1.0
"King Kashmere est désormais bien identifié parmi les MCs à suivre de près de la galaxie High Focus. Immédiatement reconnaissable à son timbre grave et son flow tirant sur la mécanique abstraite d’un Bigg Jus (tiers de feu Company Flow justement invité sur un morceau ici), le Londonien s’associe cette fois à une certaine Mimski, jeune productrice allemande venue de nulle part. Cette dernière n’est définitivement pas pour peu de chose dans la réussite de ce premier opus de Dangerous Creatures : minimalistes et déstructurés, étranges et sursaturés, ses instrus se suffisent tellement à eux-mêmes que plusieurs morceaux non rappés émaillent le disque, de l’introductif Existence à ce Dead End massif et dystopique qui pourrait venir tout droit du Little Johnny From the Hospitul des susnommés Company Flow en passant par l’insidieux Pranging Out ou le cinématographique et distordu Entity. C’est bien elle la révélation du disque, autant dire que lorsque King Kashmere et ses guests entrent dans la partie, c’est le summum de l’excitation, que l’on soit dans l’hymne psyché d’anticipation ludique façon Captain Murphy meets Czarface (Welcome To The Future, Oblivion 4000), le turfu british déglingué à groover sur la tête (ZPM), l’horror-nintendo-core aux samples anachroniques badigeonnés de gros synthés funestes et distordus (CTHULU, Marduk) ou le blockbuster martial aux scratches bien sentis (DC Theme, avec l’excellent Ramson Badbonez)."
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9. Sopa Boba (feat. Pavel Tchikov & G.W. Sok) - That Moment
Notre album du premier semestre ne pouvait que s’imposer haut dans ce classement, avec sa mixture puissante et singulière d’indus orchestrale et de courants de conscience tantôt mélancoliques ou enragés, confiés à l’inénarrable G.W. Sok de The Ex. Adaptation d’un texte éponyme de l’auteure moldave Nicoleta Esinencu, That Moment nous entraîne dans ses tourments introspectifs et dissonants (cf. les crins du quatuor à cordes en particulier), qui taclent avec autant d’intelligence satirique que de désespoir le cauchemar des conventions sociales (That Glee Moment et son cercle vicieux d’impératifs de consommation, d’ambitions conformistes et de boulots alimentaires déshumanisants). Le genre de disque qui laisse des traces dans les coeurs et dans la psyché autant que dans les chairs, et assurément un futur classique de ce cru 2025 pour qui n’a pas peur d’un minimum de radicalité !
< lire la chronique du Crapaud >
8. Cluster Lizard - Herts
Mentionnés deux fois déjà dans ce bilan pour des sorties de leur label d’activistes I Shall Sing Until My Land Is Free dont les bénéfices, rappelons-le, vont à la défense et l’aide humanitaire de leur pays toujours en proie à l’invasion russe, les Ukrainiens Zavoloka et Kotra exilés à Berlin sont avant tous néanmoins les artilliers du duo post-techno Cluster Lizard, véritable machine de guerre sur disque comme sur scène. Quatrième opus du projet initié il y a une petite dizaine d’années, Herts avait fait l’objet d’une bafouille au début de ce podcast, je ne reviendrai donc pas dans les détails sur la genèse de ce disque intégrant des field recordings de combat enregistrés sur le front russe par des soldats ukrainiens de l’unité Blind Fury ni sur sa dimension résolument résistante, et me contenterai de vous dire qu’on tient là une sacrée tranche d’électronique martiale et belliqueuse au souffle cinématographique et aux textures noisy, pas pour autant dénuée d’une certaine qualité aérienne voire rêveuse (Free Steppe, With Their Shields) incarnant de toute évidence l’espoir de liberté qui persiste dans le coeur de nos déracinés de guerre entre deux élans massifs et véhéments.
7. Joni Void - Every Life Is A Light
"Toujours fidèle au label canadien Constellation dont il fait à lui seul allègrement sauter les clichés post-rock, le Montréalais d’adoption Jean Cousin expérimente depuis une quinzaine d’années maintenant dans le vaste champ des musiques électroniques, versant mélangeur et spontané. C’est en 2019 que le musicien originaire de Lille nous aura doublement cueillis, avec d’un côté l’album Mise En Abyme (cf. #71 ici), et de l’autre des performances scéniques enchanteresses témoignant d’une impressionnante virtuosité dans la semi-improvisation, au point d’évoquer dans l’esprit les magiciens californiens Daedelus et Dntel (cf. #26 là). Une évolution vers l’onirisme et l’impermanence, à l’image du très ambient Everyday Is The Song en 2023, qui nous amène à ce nouvel opus, dont le titre presque miroir du précédent en annonçait la suite directe... et pourtant !... si les compos vaporeuses au feeling chaleureux de rêve éveillé y gardent une place de choix (A Sequel, L’Empire des lumières), le Canadien renoue sur cet humaniste Every Life Is A Light avec une dimension plus ludique et libertaire, plus contrastée aussi, qu’elle s’inscrive avec des variantes dans l’esthétique de ses premières amours trip-hop ou downtempo (Du Parc, Vertigo ou l’instrumental Event Flow - A Sequence) ou mette les bouts pour des horizons inédits, de la techno-pop aquatique de Time Zone au crescendo presque... post-rock justement du final Joni Sadler Forever, en passant par la fabuleuse incursion hip-hop de Story Board, écrin aérien pour le flow olympien de l’Américain Pink Navel."
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6. KHΛOMΛИ - Les Songes d’un Chaos
KHΛOMΛИ, troisième, après EVOLUXTINCTION et Onde De Choc inclus dans ce bilan par le truchement des collaborations, mais les sommets du Français en solo ne s’arrêtaient pas là en 2025, cf. notre chronique de l’apocalyptique IONOIZΛ qui aurait tout à fait pu y trouver une place, de même que BRVTΛL par exemple. Mais voilà, il fallait trancher et Les Songes d’un Chaos s’est avéré un assez gros client pour me mettre d’accord avec moi-même sur le sujet, du haut de ses 50 minutes de soundscapes magnétiques et incandescents dont le pouvoir d’évocation n’a rien à envier aux meilleures bandes originales dystopiques de John Carpenter, le bruitisme en sus quoique assez discret ici au bénéfice d’atmosphères dark ambient à l’ossature électro-indus et aux arrangements samplés de bande originale imaginaire. Un véritable récit sonore qui m’a accaparé comme rarement.
< quelques mots sur l’album dans ce podcast >
5. Intensive Care & The Body - Was I Good Enough ?
Des soins intensifs du corps comme celui-là, on s’en verrait bien prodiguer tous les jours, en tout cas l’amateur de musiques extrêmes qui sommeille en nous. Chroniqué par l’ami Riton dans notre bilan du premier semestre 2025, cette première collab entre l’abrasif duo de Portland et celui, basé à Toronto, de l’excellent Andrew Nolan déjà mentionné en #118 de ce bilan pour sa très belle - et forcément crépusculaire - incursion hip-hop Monochrome Vol. 1 : House Of Flying Daggers, est exactement aussi brutale et dystopique qu’on l’espérait, avec ses beats indus aux syncopations massives et implacables, ses radiations de matière noire, les habituelles beuglantes suraiguës façon torture au chalumeau de Chip King et ses atmosphères incandescentes et saturées de fin des temps. Aussi fameux que les meilleures sorties de Uniform & The Body, c’est dire à quel point l’on vous conseille ce mastodonte du côté obscur !
< lire la chronique de Riton >
4. Nadja - cut
"Sorte de chaînon manquant idéal entre Wrekmeister Harmonies, Current 93 et The Mount Fuji Doomjazz Corporation, on entend sur ce nouvel album du doom insidieux aux choeurs de purgatoire et aux saturations massives (Dark, No Knowledge), de la folk mystique et dépouillée en combustion lente (She Ate His Dreams From The Inside & Spat Out The Frozen Fucking Bones - quel titre !), des cavalcades hallucinées aux atmosphères de fin de monde avec dans le lointain nappes oniriques et voix fantômes (Omenformation), et bien sûr le genre de crescendos d’abord désossés puis hantés qu’Aidan Baker et Leah Buckareff affectionnent, cf. It’s Cold When You Cut Me, morceau introductif qui flirte comme les trois autres avec le quart d’heure, et où cymbales et batterie liquéfiées s’étoffent peu à peu de cuivres darkjazz aussi malaisants qu’entêtants. Enregistré avec un véritable petit ensemble (ou l’on retrouve notamment le Berlinois Andy Aquarius à la harpe, Kartini Suharto-Martin au cor d’harmonie, ou encore Tristen Bakker - de Tavare - et Lane Shi Otayonii parmi les vocalistes), le disque reprend ainsi les choses, d’une certaine manière, là où l’immense Labyrinthine les avait laissées mais sans les beuglantes d’Alan Dubin et Dylan Walker et de manière beaucoup plus impressionniste, via cette érosion des textures qui semble fasciner le duo et nous avec. Magnifique !"
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3. Dolphins of Venice - Captains of Industry
Ceux qui ont suivi ma rétrospective de la première moitié des années 2020 savent l’amour que je porte à Dolphins of Venice, duo formé par l’Australien Tim Koch et l’Américain Adrien Capozzi, lesquels nous gratifient ici de leur 3e album ensemble - leur second pour l’infatigable Mahorka du Bulgare Ivo Petrov, une fois de plus mon label de l’année. Trois ans après Mutuals dont l’abstract élastique et onirique, entre IDM extraterrestre, downtempo psyché et collages baroques, brillait par son groove organique d’une autre dimension, Captains of Industry revient sur terre et tacle un capitalisme déshumanisé, évoquant avec ses voix robotiques, ses polyphonies rétrofuturistes et ses beats concassés aux influences glitch et click & cut une sorte de croisement dont on n’avait jamais osé rêver ("rêve" étant une fois de plus le maître-mot ici) entre Mouse on Mars et Kraftwerk, s’ils avaient eu l’occasion de composer ensemble la BO d’une adaptation d’"American Psycho" par le John Waters de "Serial Mother", multipliant les replis dérangés derrière un sourire bright. C’est tout ce que j’ai pour le moment (l’album est sorti en décembre), mais on y reviendra probablement à la fin de la décennie avec un enthousiasme encore décuplé.
2. Cadlag - Tensor
"Livraison annuelle (ou pas loin) et nouveau chef-d’oeuvre de terrorisme sonore pour le combo d’extrémistes slovènes emmené par le patron du label Pharmafabrik, Simon Šerc (aka PureH) et le sorcier IDM/noise Neven M. Agalma (Dodecahedragraph, Ontervjabbit). Enregistré entre cavernes, cathédrale et bâtiments industriels, Tensor déroule sur une grosse cinquantaine de minutes son drone magnétique et bruitiste (Legionela, Cavern) aux éclats harsh malaisants (Spekula) et autres incursions électroniques viciées (Ampula). Soit neuf titres comme autant de tempêtes sous un crâne (Kompakte), tour à tour belliqueux (la menace dissonante de Matrix) et insidieux (Interval, Asbestopluma) mais toujours vecteurs d’une atmosphère de fin des temps qui n’avait jamais aussi fortement résonné avec nos angoisses collectives."
< avis initialement publié ici >
1. From the Mouth of the Sun - In Wind or Dust
"Accompagnés ici d’un choeur (sur l’immense épopée tribale et saturée The Last Shepherd) et de l’excellent Matthew Collings au mastering, le violoncelliste américain Aaron Martin et le sculpteur de textures suédois Dag Rosenqvist actif auparavant sous le pseudonyme de Jasper TX nous gratifient de tout ce que l’on attend d’un grand album instrumental en 2025 : des atmosphères captivantes alternant doux crescendos lyriques aux arrangements élégiaques (l’introductif Beneath the Roots She Moves, ou The Warmth of Two Hearts entre piano, drone et violoncelle plus ou moins clair ou abrasif) et austérité immersive (les presque 9 minutes de fréquences magnétiques de Rusty People), des morceaux comme autant de chapitres d’un récit imaginaire dont aucun ne ressemble au précédent sans pour autant que la cohérence d’ensemble ne s’en ressente, des contrastes forts (par exemple entre les crépitements noise de Vibrating Memories et le modern classical piano/banjo/carillons du poignant He Left Alone zébré plus discrètement d’interférences bruitistes), des directions inédites (cf. la folk orchestrée et matinée de field recordings du final homonyme In Wind or Dust aux faux-airs de Balmorhea) et surtout un élan narratif qui jamais ne s’essouffle."
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