Sortie le samedi 7 février 2026

1. Falling apart
2. Industrial anthem
3. Jungle mood
4. Upward winds
5. Weeds
6. Waking up
7. Tunnels
8. Consolations
9. Faces all around
10. Rays of light
11. Modern worlds
12. Loaded gun
13. Amazed

Parfois, d’un week-end à la campagne résulte de grandes choses : une rencontre décisive, une nouvelle orientation donnée à sa vie ou un excellent album composé entre amis. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient Jungle Mood, écrit et interprété dans ce laps de temps par un quintette de musiciens talentueux. Avec vssp. Mais sans Frédéric Lopez. 

Avant tout, que les plus tatillons de nos lecteurs qui aiment que l’artwork corresponde au contenu se rassurent : avec la première livraison de Home Riot Bend Sound Club, ils ne seront pas déçus. Bien sûr, il est conséquemment question de jungle dans ces treize morceaux - ce qu’illustre littéralement la couverture. Mais il y règne surtout cette atmosphère crépusculaire, alanguie, nimbée des teintes vert bleu qui tiennent plus d’"Avatar" que du Douanier-Rousseau. La jungle que nous raconte HRBSC  n’est pas tapageuse, elle est dense, bruissant du frôlement de redoutables félins embusqués derrière d’épais feuillages et à peine troublée par le caquètement lointain de quelque volatile tropical. Portés par des percussions électroniques à la sobriété exquise, les morceaux de Jungle Mood développent des compositions touffues, patiemment élaborées autour de deux guitares, d’une basse, d’un piano et de synthétiseurs. Car, fait rare dans le domaine de l’ambient, c’est bien à un véritable groupe que nous avons affaire ici.  

De ces sessions improvisées que publie l’excellent label Kalamine Records, résulte un corpus passionnant qui multiplie les emprunts à des genres extrêmement différents sans pour autant perdre de sa cohérence. Il faut dire que les membres de HRBSC n’ont gardé que le meilleur : sur une quarantaine d’impros, le groupe n’en a gardé que douze. Le quintette emmène ainsi l’auditeur du morceau éponyme, cœur battant de l’album, tout en percussions viscérales et textures amniotiques, au pénultième Loaded Gun, sorte d’ultime respiration jazz noise expérimentale avant de clore l’album. Entretemps, Home Riot Bend Sound Club aura délivré quelques trésors inclassables tel Weeds, miniature classique introspective qui surgit sans prévenir et voit se rencontrer Erik Satie, Vladimir Cosma et Chilly Gonzales. Juste après, et sans que l’homogénéité de l’ensemble n’en pâtisse, Waking Up commence comme le morceau d’un Robert Miles seventies, fait un détour par le rock indépendant et finit comme le Genesis des débuts. Faces All Around et ses nappes cotonneuses rappellent le vssp dOver The Sun,  et le fascinant Consolations trouble par ses sonorités vintage qui s’enfoncent dans la mélancolie. 

HRBSC  promène ainsi son auditeur dans cette végétation musicale déroutante. Un soin particulier est porté aux rythmes comme en attestent Industrial Anthem, Jungle mood ou encore Rays of light et ses arpeggiators vibrants. Et des morceaux comme Tunnels et Loaded Gun montrent que l’expérimentation n’est pas en reste avec leurs rythmiques empruntées à la musique concrète. Sur certains titres, il est parfois difficile de distinguer ce qui relève de la guitare ou du piano électrique et c’est tant mieux. Jungle mood est l’un de ces albums dans lesquels on doit accepter de se perdre pour en apprécier l’essence. Ici, ce n’est pas tant le chemin qui compte, mais l’errance qui aboutit à l’émerveillement incarné par Amazed, ultime morceau lumineux et un brin nostalgique, qui clôt l’album sur une note éthérée, laissant l’auditeur ébloui, comme après un trop brusque retour à la lumière. 



( Ben )

Acheter chez Amazon.fr Ecouter sur Bandcamp

Beautiful Gas Mask In A Phone