Sortie le dimanche 4 janvier 2026

1. INTRO
2. LETTER I
3. LETTER II
4. LETTER III
5. LETTER IV
6. LETTER V
7. LETTER VI
8. NOCTIVIGILUS
9. OUTRO

Titre en latin, artwork sépulcral et prédilection pour les fréquences graves : le dernier album de Philippe Blache, sorti en ce début d’année, annonce la couleur de manière explicite. Les amateurs de ska festif peuvent passer leur chemin. 

En effet, les neuf morceaux de Noctivigilus, sorti sur Triple Moon Records, chassent sur des territoires sonores beaucoup plus sombres, mais aussi nettement plus aventureux. Album concept articulé autour de six "lettres" - que, sans être grand clerc, on suppose envoyées par les défunts du titre - et du morceau éponyme, le nouvel album de Philippe Blache fait la part belle aux atmosphères mélancoliques. Encadrées par une intro et une outro, ces pièces musicales s’inspirent des écrits poétiques d’Elizabeth Rowe et plus particulièrement de son Friendship in death, twelve letters from the dead et évoquent autant les musiques abstraites et texturées que la veine néoclassique dans laquelle le compositeur officie également sous le nom de Days Before Us. L’artiste jurassien y déploie une science mélodique certaine et un goût prédominant pour le gothique majestueux. Letter I, par exemple, avance comme une déambulation dans les allées du Père Lachaise au son d’une panoplie de cordes synthétiques sur lesquelles vient se greffer un orgue dronique. Un chœur lugubre ouvre le superbe Noctivigilus qui mute ensuite vers une composition plus feutrée, striée de dissonances. 

Tout en gardant une belle homogénéité, Philippe Blache travaille les nuances au sein de son corpus musical. Letter VI et son piano noyé de reverb explorent, par exemple, un registre intimiste que sillonnent aussi l’Outro et, dans une moindre mesure, l’Intro. La sixième lettre réserve un final lyrique achevé par la pulsation régulière d’une basse new wave, idée géniale qui emporte le morceau vers une autre dimension. Letter III et Letter V incorporent davantage d’éléments synthétiques, faisant pencher la balance de ces titres vers les bandes originales de films des années 90. Cinématographique, la musique de Philippe Blache l’est assurément et évoque d’ailleurs autant les films de John Carpenter que l’atmosphère fantasmagorique du "Cabal" de Clive Barker
 
A l’écoute de  Noctivigilus, on pense bien sûr à la littérature gothique du XIXe siècle. Les compositions ont le romantisme échevelé de Lord Byron et la noirceur sarcastique des contes d’Edgar Poe. Côté références musicales, on songe au projet transalpin Spietate Agonie (Letter V) et la présence d’une voix féminine récitant des textes sur plusieurs titres rappelle les excellents Trajedesaliva. C’est particulièrement vrai sur Letter II, morceau qui dose avec une précision alchimique nappes émotives à la Badalamenti et froideur cold wave à la Dead Can Dance

Dès lors, au moment où retentissent les dernières notes de Noctivigilus, un sentiment étrange nous habite. Une forme de persistance laissée par l’expérience musicale qui s’achève. Ces Letters from the Dead ont du style. Et Philippe Blache une sacrée plume.



( Ben )

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