Sortie le vendredi 24 avril 2026

1. Animal
2. GO GO GO
3. Trouble in paradise
4. Nothing
5. Luck

On le répète assez souvent ici, l’EP est un format trop mésestimé. Avec No Venom In Paradise, Audrey Henry nous rappelle ici la pertinence de celui-ci avec ce cinq-titres en forme de quinte flush royale pour les oreilles. Une réussite. 

L’artiste parisienne a un CV fourni. Musicienne, chanteuse, mais aussi productrice et peintre, elle a travaillé avec des figures majeures aussi bien de l’underground que du mainstream. De TINP (pour This Is Not Punk, son précédent projet électro-rock minimaliste) à Camélia Jordana en passant par le metal, Audrey Henry fait preuve d’un éclectisme et d’une capacité à se jouer des chapelles qui forcent le respect. Le tournant qu’elle amorce dans sa carrière avec la parution de No Venom In Paradise montre que l’artiste protéiforme entend se renouveler une fois de plus. Ces cinq nouveaux morceaux relèvent le gant avec brio. 

Aussi sombre que dépouillé, cet EP au titre en forme de trompe-l’oeil a, au contraire, quelque chose de vénéneux. Trouble In Paradise, véritable tube en puissance, incarne à la perfection cette dualité. Très accrocheur, ce morceau, qui rappelle la récente collaboration entre Danny L Harle et PinkPantheress, dispose surtout d’un charme insaisissable. Est-ce dû à la mélodie faussement naïve du refrain ? Aux contrastes saisissants entre basses grondantes et synthétiseurs mélancoliques ? De l’Eurodance cyberpunk à l’experimental noise pop, Trouble In Paradise dévoile toute la complexité du style d’Audrey Henry. Ce titre voisine d’ailleurs avec Nothing, pilonnage technoïde au minimalisme ravageur, et GO GO GO, uptempo aux inflexions jungle strié de voix distordues. En ouverture, Animal concasse des basses à la Flat Beat sur fond de synthés majestueux. Claviers que l’on retrouve particulièrement mis à l’honneur sur le très bon Luck, titre de clôture en forme de pop song diffractée.
 
Audrey Henry brille également dans l’utilisation de sa voix. Tour à tour claire ou saturée, distante (Nothing, GO GO GO), impérieuse (Animal) ou mélodieuse (Luck, Trouble In Paradise), elle est le contrepoint idéal aux instrumentaux toniques et insuffle le supplément d’âme nécessaire aux compositions pour les emmener vers une dimension hybride. Profondément marqué par toutes les nuances du spectre des musiques électroniques, No Venom In Paradise n’oublie pas de présenter de véritables chansons avec un travail d’écriture particulièrement soigné. Ainsi, les paroles offrent différentes lectures et résonnent singulièrement avec les atmosphères proposées par la musique. En peu de mots, tous très évocateurs, Animal et Nothing expriment un hédonisme tour à tour primitif et nihiliste. Luck et GO GO GO célèbrent la confiance en soi et Trouble In Paradise, décidément à part au sein de ce corpus musical, a des airs de nouvelle de science-fiction.  

Synthétisons les choses ainsi : No Venom In Paradise est un EP à la densité d’un LP qui impressionne par sa qualité, bien sûr, mais également par sa dualité, laissant à la fois une impression de dépouillement minimaliste et de grande complexité. Prenants, immersifs, ces cinq titres catapultent l’auditeur dans une rave party futuriste dont Catherine Dufour serait la disc jockey. Réjouissant programme, nous en conviendrons. 



( Ben )

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