le jeudi 2 juillet 2026
Difficile de manquer cette apparition de Pulp au Festival Beauregard, la bande menée par Jarvis Cocker ne se produisant qu’exceptionnellement dans l’ouest de la France, malgré un passage l’an dernier à La Route du Rock. Et comme les programmateurs normands avaient eu l’excellente idée de programmer Girls In Hawaii à l’heure de l’apéritif, la soirée s’annonçait enthousiasmante.
Elle le fût d’ailleurs. Dès 20 heures, les Belges se produisaient sur la scène principale et ont étrenné un certain nombre de morceaux de leur Eldorado qui sera publié en septembre. A en juger par ces morceaux, sans rien présager de la qualité de l’album à venir, les Wallons devraient revenir à des sonorités mettant davantage à l’honneur les guitares.
Néanmoins, après avoir joué quelques classiques tels que
Misses, Found In The Ground ou Birthday Call, les Belges ne renient pas l’escapade électronique de Nocturne en 2017, jouant même un Guinea Pig à l’introduction très osée puisque Lionel Vancauwenberge débute avec un a capella autotuné conforme à la version studio.
On le sait, depuis 2010 et le décès de Denis Wielemans, batteur du groupe et frère du chanteur Antoine Wielemans, Girls In Hawaii n’est plus tout à fait le même groupe. L’indie pop insouciante de From Hère To There a laissé place à des sonorités plus sombres et hantées. Cependant, même si l’on ne peut jamais totalement se remettre d’une telle perte, les Belges n’ont jamais semblé aussi détendus depuis quinze ans qu’en ce début de tournée.
Antoine Wielemans échange avec le public, s’excuse presque de jouer de nouveaux morceaux dans le cadre d’un festival où l’acoustique n’a forcément pas le coffre d’une salle intimiste. Force est de constater que, même s’ils ne semblent pas dénués de qualités, il est plus difficile d’accrocher à ces morceaux avec lesquels on n’est pas encore familier.
Girls In Hawaii bouclera son set d’une heure avec une impeccable version de Flavor, étirée à l’envi et dynamisée par l’accumulation de guitares électriques et l’usage du téléphone autrefois réservé à Birthday Call étouffant la voix d’un Antoine Wielemans qui s’agite sur le promontoire prévu à cet effet.
Il est alors temps de prendre congé d’une scène qui sera rapidement envahie par les fans d’Orelsan, le local de l’étape qui, pour la majorité du public, constituait l’attraction de la soirée. Pas pour nous, évidemment, si bien que son passage sera l’occasion de se restaurer sans avoir à essuyer la moindre attente.
Et puis, étrangement programmés sur la scène John, pas tout à fait aussi grande que la scène Beauregard, Jarvis Cocker se présente avec ses huit compères pour débuter un set d’une heure.
Comment être à la hauteur de la prestation pour la décrire ? Voilà qui constitue forcément un grand défi pour le rédacteur. Il ne s’agira pas de se contenter d’énumérer les titres joués (bien que cet exercice permettra de constater à quel point le répertoire des Britanniques est large), ni même de se limiter à parler de l’attitude d’un Jarvis Cocker toujours aussi charismatique et auteur de quelques pas chaloupés osés pour un sexagénaire néanmoins plutôt fringant.
Alors, mêlons ces deux approches, et disons que ce set débuté par deux titres de Different Class (Sorted For E’s & Wizz et Disco 2000) a permis à Pulp de jouer ses classiques (This Is Hardcore, Babies ou Do You Remember The First Time ?), tout en faisant honneur à ses titres les plus récents (l’excellent single survolté Begging For Change sorti en début d’année ainsi que Farmers Market et le déjà culte Spike Island extraits de More) et même l’excellent Razzmatazz des débuts du groupe.
Le set est plutôt énergique, ce qui était un moindre mal au regard des visuels qui, à quelques exceptions près, étaient assez minimalistes. Notons cependant l’utilisation de ces visuels pour faire participer le public sur Begging For Change avec ces "Criez !" affichés en grand. Pulp n’a pas besoin d’artifices pour briller et et achève sa prestation avec l’éternel Common People étiré et repris en choeur par la fosse.
Quant à la communication avec le public, elle trouve le parfait équilibre entre pointes d’humour (en anglais mais aussi en français) et excentricités (le chanteur partage ses raisins en les lançant dans le public) sans verser dans la logorrhée puisque c’est encore avec ses musiciens que Jarvis s’exprime le mieux.
Un concert inoubliable, auquel il est difficile de rendre grâce en quelques lignes. Quoi qu’il en soit, si les fans des premières heures auront été charmés, cela aura également été le cas des suiveurs plus occasionnels de Pulp. La preuve avec cette chronique dithyrambique.