Sortie le samedi 8 août 2026
1. Anarchrist (prod. Ljazz Beats)
2. Love’n’Roll (prod. 154 fRANKLIN)
3. Avé Maria (prod. Slawowycz)
4. Le Moine Fou (prod. Miracle Productions)
5. Karmic Gun (prod. super_tyte)
6. Sublime (prod. Scan-N-Kutt)
7. Le Désert Rouge (prod. Wolf City)
8. Tarantula (prod. Stewart X)
Ce n’est un secret pour personne, chez Indie Rock Mag, on aime Maeki Maii. Aussi la sortie d’Anarchrist, gros EP ou petit album - peu importe, est forcément un événement dont il nous paraît important de rendre compte.
Porté par le single éponyme lancé en poisson pilote il y a quelques semaines, Anarchrist voit le Terrence Hill du rap francophone revenir avec un concept simple : huit morceaux, huit beatmakers des huit coins du monde. De la Malaisie au Chili en passant par les Pays-Bas, les États-Unis ou la France, le fratello a sélectionné la crème des propositions de ses collaborateurs habituels. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la qualité est au rendez-vous. De son vieux compagnon de route LJazz qui ouvre le bal à Stewart X qui le referme brillamment, chaque beatmaker apporte une touche qui lui est propre sans que la cohérence de l’ensemble n’en soit affectée. Mention spéciale à 154 fRANKLIN qui livre une instru des plus soulful à base d’envolées chorales et de roulement de toms pour un Love’n’Roll qui est l’un des (si ce n’est le) sommets de l’album.
Et le MC dans tout ça ? Autant dire qu’il est en grande forme et que ça fait plutôt plaisir de le retrouver dans de telles dispositions. Finis les murmures mélancoliques de ses albums nocturnes (qui ne nous déplaisaient pas, levons immédiatement toute ambiguïté), Maeki Maii revient combatif, délaissant quelque peu les oripeaux de dandy désabusé de son personnage pour le réincarner en activiste anarcho-libertaire. Filant la métaphore religieuse au-delà du titre de ses morceaux (Le Moine Fou, Ave Maria, Anarchrist), le Genevois de naissance se réinvente en apôtre destroy au bréviaire rempli de punchlines bien senties. Dans cette catégorie, Ave Maria et Anarchrist se disputent la palme. Et le sample de Martin Luther King sur Le Moine Fou n’est qu’un trompe-l’œil dissimulant mal les ardeurs combatives de notre rimeur dépenaillé. Armé de son karmic gun aux balles trempées dans un mélange de bienveillance et de vitriol (Ave Maria, Love’n’Roll), Maeki Maii tire dans tous les coins : la "morale bourgeoise", les conformistes (qu’il étrillait déjà dans le morceau du même nom sur French Riviera ), la médiocrité, les "souillons sans loyauté [...] qui cachent leurs cartes sous la table" ou encore le quotidien "qui nous assomme".
Backing vocals en roue libre (ça rigole pas mal et ça aboie un peu aussi sur deux morceaux !), références incongrues (France Gall !) et insultes gratuites ("Si tu trouves ça niais, c’est parce que t’es qu’un fils du putain"), le feu d’artifice est permanent. La voix claire et haut placée, le Rhilliss s’essaie aussi à quelques nouveautés. On peut ainsi l’entendre chanter sur le refrain de Tarantula, envoyer valser la structure couplet refrain sur le mystique Sublime ou invoquer les mânes de Baudelaire sur un Anarchrist qui rappelle un célèbre poème du maître parisien au détour d’un couplet électrique. Pour autant, le fond reste le même. Car bien qu’animé d’une pugnacité intacte, Maeki Maii ne se laisse jamais aller à l’amertume. Ni coach en développement personnel, ni gourou charlatan, il n’oppose que sa bienveillance aux "cervelles [qui] ramollissent" et aux "hommes dingues, avides de trésors factices". Volubile, il embrasse dans un même mouvement interrogations existentielles et verve truculente ("Sommes-nous des condors ou des résidus de condom ?") dans des textes où le spirituel se mêle au trivial et où l’humour côtoie la gravité.
Pas de scories dans cet album, à prix libre rappelons-le, et pour lequel chaque euro versé sert à de nobles desseins (tout est expliqué sur la page Bandcamp de l’artiste). Bref, pour citer le maestro, si "tu sais pas quoi faire alors tu fermes ta gueule". Et tu l’achètes.